NOTE DE CONDAMNATION

NOTE DE CONDAMNATION

Publié: 2 semaines de cela

Port-au-Prince, le 25 août 2026

C’est avec une profonde consternation que nous condamnons avec la plus grande fermeté l’attaque meurtrière perpétrée dans la commune de Kenscoff dans la nuit du 23 au 24 août 2026.

Cette nouvelle tragédie, qui a frappé des populations civiles et des personnes déplacées ayant trouvé refuge dans la zone, constitue une atteinte grave au droit à la vie, à la sécurité et à la dignité humaine. Selon les informations communiquées par les Nations Unies, cette attaque a fait au moins 47 morts, 22 blessés et plus de 50 personnes enlevées. Des habitations et d’autres infrastructures ont également été incendiées, contraignant de nombreuses familles à fuir une nouvelle fois leurs lieux de vie.

Nous adressons nos condoléances les plus sincères aux familles des personnes tuées et exprimons notre solidarité aux blessés, aux personnes enlevées, aux familles déplacées ainsi qu’à l’ensemble de la population de Kenscoff, une communauté déjà durement éprouvée par des épisodes répétés de violence. Nous saluons aussi le courage de toutes celle et ceux qui, malgré la peur et l’insécurité persistante, continuent de défendre, corps et âmes, la vie, la dignité et la paix au sein de leurs communautés.

Au-delà des pertes humaines et des destructions matérielles, cette attaque laisse derrière elle des communautés profondément traumatisées, confrontées au deuil, à la peur, à l’incertitude et à de nouveaux déplacements. Cette dimension humaine et psychosociale de la crise ne peut être ignorée.

Le massacre de Kenscoff constitue une nouvelle alerte majeure sur la capacité de l’État à assurer sa mission fondamentale de protection des personnes et des biens.

Il est désormais indispensable que les autorités publiques répondent clairement aux préoccupations légitimes de la population : comment des groupes armés ont-ils pu atteindre et attaquer des zones habitées de Kenscoff, alors que les risques sécuritaires étaient connus et que la commune avait déjà été confrontée à plusieurs épisodes de violence ?

La question n’est pas uniquement de savoir comment réagir après le drame. Elle est également de déterminer si des alertes ont été transmises, quelles mesures préventives ont été prises, quelles capacités de protection étaient disponibles et, le cas échéant, si des manquements, négligences ou complicités ont contribué à la gravité de cette tragédie.

Nous prenons acte de l’annonce faite par la Police Nationale d’Haïti (PNH) d’une enquête approfondie visant notamment à établir les circonstances de l’attaque et les éventuelles responsabilités. Cette enquête doit être menée avec indépendance, diligence et transparence, et ses conclusions doivent être rendues publiques dans le respect des procédures judiciaires.

Nos demandes aux autorités

Face à la gravité de la situation, nous demandons aux autorités compétentes de prendre, sans délai, les mesures suivantes :

  1. Assurer la protection effective de la population de Kenscoff et des autres zones du pays :

Les autorités doivent renforcer immédiatement le dispositif de sécurité et assurer une présence effective de l’État dans les zones affectées, tout en garantissant la protection des populations civiles et le respect des droits fondamentaux.

  • Établir toute la vérité sur ce massacre et d’autres perpétrés avant :

Une enquête complète, indépendante et transparente doit permettre d’identifier les auteurs, les commanditaires et toute personne ayant contribué à la préparation ou à la commission de ces crimes. Les responsables doivent être traduits devant la justice conformément à la loi.

  • Porter assistance aux victimes et aux personnes déplacées :

Une réponse humanitaire urgente doit être organisée en faveur des familles endeuillées, des blessés, des personnes déplacées et des personnes ayant perdu leur logement ou leurs moyens de subsistance.

  • Garantir une prise en charge psychosociale :

Les survivant.e.s, les familles des victimes, les enfants, les personnes déplacées et les autres personnes exposées à cette violence doivent pouvoir bénéficier rapidement de services adaptés de santé mentale et de soutien psychosocial et de protection.

  • Renforcer les mécanismes d’alerte et de prévention :

L’État doit mettre en place des mécanismes efficaces permettant de recueillir, analyser et traiter rapidement les alertes provenant des populations et des autorités locales afin d’éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.

  • Présenter un plan de réponse sécuritaire clair et assorti d’échéances :

La population est en droit de connaître les mesures concrètes envisagées pour restaurer durablement la sécurité, reprendre le contrôle des territoires affectés et empêcher l’extension de la violence.

  • Garantir la coordination entre les institutions de sécurité et les acteurs de la réponse humanitaire.

La PNH, les Forces Armées d’Haïti, les autorités locales et les acteurs humanitaires doivent travailler de manière coordonnée afin d’assurer simultanément la sécurité, l’accès humanitaire et la protection des populations vulnérables.

Kenscoff ne doit pas devenir un nouveau symbole de l’impuissance collective face à la violence. Car, chaque vie perdue représente une famille brisée. Chaque personne déplacée représente une nouvelle rupture. Chaque enfant exposé à une telle violence porte le poids d’un traumatisme dont les conséquences peuvent se prolonger bien au-delà du moment de l’attaque.

Nous appelons donc les autorités haïtiennes à passer des déclarations aux résultats, des annonces aux actions et des réponses ponctuelles à une véritable politique de protection des populations.

La population haïtienne ne demande pas l’impossible. Elle demande le droit fondamental de vivre, de circuler, de travailler et d’élever ses enfants en sécurité.

Le sang versé à Kenscoff ne doit pas être réduit à une nouvelle statistique. Il doit constituer un point de rupture et un appel à l’action.

Pour la coordination :

Wilcox TOYO, Coordonnateur Général ;

Dassahev Petit-Frere, Secrétaire Général.

Open chat
Salut,
Comment puis-je vous aider?