BINUH : l’aveuglement diplomatique qui déshabille la vérité et met en lumière les ambiguïtés d’une communauté internationale en retrait. Condamnation du Commissaire Muscadin.

BINUH : l’aveuglement diplomatique qui déshabille la vérité et met en lumière les ambiguïtés d’une communauté internationale en retrait. Condamnation du Commissaire Muscadin.

Publié: 4 mois de cela

Par Wilcox TOYO, Psychologue/Journaliste | 15 novembre 2025 | Port-au-Prince, Haïti. —

Le dernier communiqué du BINUH visant le commissaire Muscadin n’apparaît pas seulement comme une erreur d’appréciation, il ressemble à un acte d’aveuglement volontaire, révélateur d’une incapacité persistante à saisir la nature profonde de la crise haïtienne. En ciblant l’un des rares acteurs perçus, même imparfaitement, comme un rempart contre l’ensauvagement, l’organisme onusien se dévoile dans toute sa fragilité morale et stratégique. Il semble redouter d’affronter les véritables foyers criminels, préférant canaliser son indignation vers un individu plutôt que de nommer clairement les forces qui alimentent l’effondrement du pays.

Cette prise de position ravive ainsi un débat crucial : celui de la cohérence, de la légitimité et des priorités de la communauté internationale face au chaos sécuritaire haïtien.

Alors que les institutions légitimes peinent à contrôler la montée fulgurante des groupes armés, et que de larges zones de Port-au-Prince comme de plusieurs provinces échappent à l’autorité de l’État, la position du BINUH soulève incompréhension et frustration. Sur le terrain, la population voit les choses différemment : là où la diplomatie enfile des gants de velours, des familles enterrent leurs morts ; là où les communiqués dénoncent des méthodes « irrégulières », des mères cherchent désespérément des enfants kidnappés ; là où l’on condamne Muscadin, les gangs agissent, prospèrent et imposent leur loi sous le regard distant, presque spectral, de ceux qui prétendent accompagner Haïti vers la stabilité.

Car le BINUH observe. Il enregistre. Il rédige. Il commente. Mais il ne protège pas. Il ne prévient pas. Il ne neutralise pas. En s’attaquant à un acteur identifié par une partie de la population comme l’un des rares tentants de résistance locale, il ouvre un gouffre : celui d’un système international qui paraît isoler ceux qui tentent parfois maladroitement, parfois avec excès de défendre les communautés abandonnées, au lieu de renforcer les conditions d’une sécurité réelle. Pendant ce temps, les groupes armés incendient des maisons, déplacent des milliers de familles et transforment la survie en loterie quotidienne.

Le peuple haïtien perçoit cette dissonance avec une clarté douloureuse. Elle se retrouve dans la poussière des quartiers incendiés, dans l’insécurité permanente, dans la faim devenue compagne de veille. Il comprend ce que la diplomatie n’ose formuler : ceux qui défient les ravageurs dérangent souvent plus que les ravageurs eux-mêmes.

Ainsi, le message perçu devient brutal, presque obscène : les criminels organisés ne constituent pas l’urgence prioritaire ; l’urgence, ce serait de rappeler à l’ordre ceux qui osent leur résister. Et la souffrance du peuple ? Elle peut attendre la prochaine réunion, la prochaine déclaration, la prochaine procédure.

Voilà le scandale moral. Voilà la nudité institutionnelle. Dans cette séquence, le BINUH apparaît moins comme un partenaire de protection que comme un observateur protocolaire. Or Haïti ne demande plus des observateurs, elle crie pour des acteurs. Le pays brûle. Il lui faut des pompiers, pas des analystes du comportement des flammes.

En concentrant le débat sur Muscadin sans condamner avec la même intensité les organisations criminelles qui terrorisent la population, le BINUH renforce l’impression d’une asymétrie dangereuse. Ce rapport déséquilibré entre dénonciation et prudence ne fait qu’aggraver la méfiance envers les institutions internationales, déjà fragilisée par des décennies d’approches incomplètes, d’annonces non suivies d’effets et de stratégies incohérentes.

Il ne s’agit pas d’exonérer Muscadin ou de valider des méthodes discutables. Toute action publique doit être examinée avec rigueur, transparence et respect des droits fondamentaux. Toutefois, ce travail ne peut pas être dissocié du contexte de guerre asymétrique que vit Haïti. L’analyse ne peut être crédible qu’à condition de viser prioritairement ceux qui structurent, financent, dirigent et imposent la violence.

En Haïti, la perception est parfois plus lourde que le constat. Et aujourd’hui, elle est implacable : la communauté internationale semble plus ferme envers ceux qui tentent de résister qu’envers ceux qui orchestrent la dévastation. Dans un pays déjà à genoux, cette perception peut suffire à détruire ce qui reste de confiance, de cohésion et d’espérance.

Si l’objectif déclaré est celui d’une stabilisation durable, il faudra dépasser les déclarations sélectives, oser une vision cohérente, et surtout affronter frontalement les centres du pouvoir criminel. Toute autre démarche donnera l’impression de s’acharner sur des détails pendant que l’incendie ravage la maison entière.

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